D’après un examen exhaustif des recherches publiées de 1967 à 2002, l’enquête criminelle est le moins étudié des 22 sujets de recherche investigués par Skogan et Frydl (2003 ; voir l’annexe bibliographique pour les principaux travaux). Jean-Paul Brodeur a conduit une recherche sur l’enquête criminelle et a constitué une banque de données informatisées contenant 153 enquêtes codées selon 163 variables (système SAS). Brodeur (2005) présente une taxinomie des enquêtes et le résultat de ses travaux sur les enquêtes de meurtre. Carlo Morselli a lui-même effectué des recherches sur l’opération Printemps 2001 qui a résulté dans l’arrestation de 138 personnes du réseau des Hells Angels.
Dans sa taxinomie sur l’enquête, Brodeur (2005 : 46-49) distingue entre les enquêtes individuelles réactives (par exemple, l’enquête sur un homicide), l’enquête de concentration, qui constitue une opération de vaste ampleur contre le crime organisé (par exemple, Printemps 2001) et l’enquête préventive dirigée contre le terrorisme (par exemple, l’opération conduite en 2006 contre un groupe islamiste de Toronto qui se préparait à effectuer divers attentats). Nous nous proposons dans ce chantier d’effectuer les recherches suivantes : (1) Mise en correspondance des unités d’enquêteurs et de leurs cibles respectives (grande délinquance individuelle, crime organisé et bandes de rue, et le terrorisme) pour tester l’hypothèse sur leurs traits communs ; (2) examen des raisons pour lesquelles les règlements de compte entre membres du crime organisé ne sont pas résolus par les policiers, à la différence des autres affaires de meurtre ; (3) comparaison systématique des méthodes appliqués dans les enquêtes individuelles réactives, les enquêtes de concentration et les enquêtes préventives ; cette comparaison sera effectuée à partir des travaux déjà« réalisés par Brodeur et Morselli ; (4) dans son étude des de la résolution des affaires d’homicides, Brodeur a montré que le renseignement et la « police scientifique » avaient un impact négligeable sur la résolution de ce type d’affaire ; on se demandera s’il en ait ainsi dans les enquêtes de concentration et de prévention (anti-terrorisme) ; (5) la thèse prépondérante sur l’enquête de police est que celle-ci constitue un processus de cueillette et de traitement de l’information (Innes, 2003 : 25) : on testera cette thèse au regard des résultats des recherches effectuées pour répondre au quatre questions précédentes.
La méthodologie s’inscrira dans la ligne des recherches précédentes effectuées par Brodeur et Morselli : examen exhaustif des archives de la police auxquels les chercheurs ont déjà eu accès, entrevues avec des informateurs-clés des milieux criminel et policier, exploitation statistique de la banque de données constituée par Brodeur. |