Les années 1990 ont vu le développement d’un type de terrorisme relativement inusité dans l’histoire, que plusieurs chercheurs ont nommé « nouveau terrorisme » (Leman-Langlois, sous presse ; Leman-Langlois et Brodeur, 2005b ; Laqueur, 1997, 1999, 2000 et 2003 ; Hoffman, 2006 ; Pape, 2003), son point culminant serait les attentats contre le World Trade Center, le Pentagone, et celui qui rata sa cible (le Capitole ou la Maison blanche) en septembre 2001. Le nouveau terrorisme ne répondrait plus au vieil adage du « minimum de violence pour le maximum d’effet » (Jenkins, 1981). Au contraire, il existe une vague de plus en plus claire où la violence est le message envoyé, et donc n’est plus limitée et tend vers la destruction spectaculaire. Le nouveau terrorisme est absolutiste, vengeur et globalisé. Il est absolutiste au sens où la moralité qui le sous-tend ne permet ni compromis, ni limites, ni l’incertitude ou l’hésitation de ses adhérents. C’est une moralité généralement religieuse, où les buts sont abstraits, idéalisés et placés à l’horizon lointain d’un futur historique glorieux mais que les terroristes ont peu de chance de voir de leur vivant. Ce terrorisme offre donc très peu de prise à la négociation ou aux concessions (réelles ou stratégiques). Il est vengeur dans son approche immédiate, où les actes sont justifiés par des méfaits attribués à leurs cibles. Le premier acte de nouveau terrorisme de l’histoire est sans doute l’explosion de l’avion d’Air India en 1985, au Canada. Dans ce cas, des extrémistes sikhs avaient voulu venger la destruction du temple d’or par la première ministre indienne de l’époque, Indira Gandhi. On le voit, cette vengeance tend à amalgamer nations, gouvernements, citoyens, compagnies privées et autres symboles de l’ennemi. Enfin, il est globalisé, puisque ses activités, ses membres et ses causes n’ont plus d’appartenance géographique claire. Les causes défendues sont issues du contexte géopolitique mondial, les identités et l’appartenance des terroristes sont supra-nationales, faisant appel à un concept de « communauté » déterritorialisé (par exemple, l’Oumma musulmane). Le terrorisme globalisé fonctionne en « réseau virtuel » (Sageman, 2004) ; il ne s’agit plus de groupes transnationaux, ni même de cellules interconnectées mais bien d’une idéologie qui rassemble, sans communication directe, des individus prêts à l’action pour la promouvoir (Lesser, Hoffman, Arquilla, Ronfeld et Zanini, 1999). La sécurisation des frontières est donc de plus en plus inutile, puisque les terroristes sont des citoyens des pays où ils mènent leurs attaques.
Dans ses recherches, Leman-Langlois a décrit la nature et l’évolution du terrorisme au Canada depuis les années 1970. Le résultat de ces travaux, incluant une banque de données de plus de 400 incidents, est disponible au grand public via un site Internet de notre Équipe de recherche sur le terrorisme et l’antiterrorisme (ERTA). Depuis peu, il s’intéresse aux infrastructures essentielles en tant que cibles potentielles du terrorisme et en tant que centre d’intérêt important des activités gouvernementales de protection du public. La méthodologie employée est relativement variée : la surveillance rigoureuse des rapports médiatiques, la collecte de documents officiels, l’analyse de rapports (par exemple, celui de la Commission Arar) et de procès (par exemple, celui d’Ahmed Ressam). La recherche sur les infrastructures consiste à établir une carte du réseau des entités responsables de la sécurité des différents éléments interconnectés des infrastructures, à l’aide d’entrevues de personnes-clés et de l’analyse des statistiques relatives aux modalités de la sécurité. Il ne faut pas oublier que dans le contexte de nouveau terrorisme décrit ci-dessus, les attaques contre les infrastructures sont plus probables parce qu’elles produisent des dégâts plus importants en termes de perte de vie et d’impact matériel. |
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PROJETS EN COURS
1 : projet principal
Le terrorisme et la protection des infrastructures essentielles au Canada
Phase de réalisation
Collecte documentaire
Objectif
Ce projet vise à mieux comprendre l’organisation de la protection des infrastructures essentielles au Canada, c’est-à-dire les réseaux de production et de distribution d’énergie, les télécommunications, les réseaux financiers, la production et distribution de nourriture et d’eau potable, les transports et certaines industries fondamentales. Une chose souvent oubliée est l’interconnexion profonde de toutes ces infrastructures. Cette interconnexion rend ce projet à la fois fascinant, hautement complexe et surtout d’une importance absolument cruciale pour la société canadienne. Par exemple, une perturbation des réseaux énergétiques peut causer des problèmes de transport et donc d’eau potable puisque la production de cette dernière dépend de certains produits chimiques absolument indispensables (notamment, le chlore). Ces interdépendances inextricables multiplient les vulnérabilités des infrastructures puisque chaque risque local peut donner lieu à un effet de cascade.
Responsables
Stéphane Leman-Langlois
Jean-Paul Brodeur
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2 : projets affiliés
a) Vers une transnationalisation du champ pénal ? Les transformations du système judiciaire et de ses usages dans la lutte antiterroriste au Canada et en France depuis le 11 septembre 2001.
Antoine Mégie (Stagiaire post-doctoral
b)
Perceptions et pratiques des agents de sécurité aéroportuaire
Julie Béliveau-Verville ; mémoire de maîtrise, École de criminologie,
Université de Montréal
c) Conséquences réglementaires et budgétaires des événements du 11 septembre sur la perception du risque chez les responsables de services de transport en commun
Tara Browne ; mémoire de maîtrise, École de criminologie,
Université de Montréal
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